Un pas après l'autre, aide pour une pratique quotidienne ~ décembre 2025
Un pas après l'autre, aide pour une pratique quotidienne ~ décembre 2025
Nous sommes impermanence
En cette fin d’année j’aimerai vous partager le concept d’impermanence parce qu’il est au cœur de tous les Enseignements, qu’il est difficile à comprendre et totalement différent de son sens habituel. Je sais bien que tout change, l’hiver, les arbres changent, moi je change, 2024 s’achève et 2025 commence…et on espère bien que les choses vont changer comme ça nous arrange !
Dainin Katagiri dans son livre ‘’ retour au silence’’ nous dit: ce ne sont pas les arbres qui changent, ce n’est pas vous qui changez…regardez l’autre côté : il n’y a « rien » c’est-à-dire il n’y a pas « quelque chose » qui s’appelle arbre, ou « quelque chose » qui s’appelle « moi », et qui change, il n’y a que l’impermanence…« votre existence ne se limite pas à la petite échelle du monde, elle est immense »
Voici le texte
Chacun sait déjà ce que signifie l’Impermanence, mais il est très difficile de comprendre que l’Impermanence est la Nature de Bouddha.
L’impermanence est cet état de l’être, qui change constamment d’un jour à l’autre, d’un moment à l’autre. Tout existe, mais sous l’action du temps et des circonstances, tout change constamment. Vous pouvez vous rendre compte que les choses changent, mais vous avez une conception a priori de la continuité du temps.
Cette conception s’accompagne toujours de l’idée qu’il existe « quelque chose » de permanent, et que ce « quelque chose », c’est vous. Consciemment ou inconsciemment, vous vous attachez à l’idée que vous existez sur un mode constant.
La conception bouddhiste du changement est un peu différente. Pour comprendre le sens du changement ou de l’impermanence, il vous faut comprendre ce qu’est le moment. Le moment présent transcende complètement l’avant et l’après. Il est tout à fait au-delà du moment précédent et du moment suivant. Le moment présent est le moment présent. Le moment précédent, déjà enfui, n’est rien d’autre que le moment précédent. Aussi, dire ce qu’est le moment présent, à cet instant précis, ici, même, est impossible.
Qu'est-ce qu'un moment ?
Un moment n’est rien d’autre qu’un être qui ne cesse d’apparaître. Il apparaît tout le temps. Si vous vous concentrez sur ce que signifie vraiment le moment, vous comprenez que le moment n’est rien de plus qu’un être que vous voyez dans le temps. Rien d’autre que le moment lui-même en action.
Ce moment ne fait qu’apparaître, exister. Le moment présent n’est pas quelque chose à quoi vous pouvez vous attacher. Le moment auquel vous vous attachez n’est déjà plus que l’idée que vous vous faites du moment, ce n’est pas le moment réel. Le moment réel est constamment en action, il surgit, il disparaît, il apparaît. Dans le bouddhisme, c’est ce qu’on appelle la Vacuité. C’est pourquoi selon l’enseignement du Bouddha, tous les êtres sont impermanence. Ils sont impermanence en raison même de leur impermanence. Rien de particulier ne crée l’Impermanence.
C’est la nature fondamentale de l’existence.
La Vacuité, la Nature de Bouddha, l’impermanence existe sans début et sans fin. Cela signifie que l’impermanence est immuable. Où que vous alliez, seule l’impermanence est là. Le changement constant est, tout simplement. C’est pourquoi l’impermanence est la Nature de Bouddha.
Tous les êtres veulent savoir qui ils sont ; c’est l’état naturel du cœur de chacun, chercher à savoir qui l’on est. Chaque chose veut le savoir, pas seulement les êtres humains. Même l’arbre veut savoir ce qu’il est. Si vous voulez savoir ce qu’est réellement l’arbre, vous devez fonctionner avec lui ; ce qui est en même temps le meilleur moyen de savoir qui vous êtes.
Nous devons nous connaître nous-même en fonctionnant dans le domaine de l’impermanence. Notre corps et notre esprit ne sont rien d’autre que l’impermanence.
Dans le domaine de l’impermanence, zazen surgit comme une bulle. Mais cette bulle appelée zazen n’est pas vraiment une bulle. C’est un moment en soi parce que cette bulle apparaît à la surface du moment. Le moment que vous comprenez est déjà une bulle. Il est pur surgissement. C’est ce qu’on appelle la Vacuité, c’est le véritable sens de l’existence.
Le véritable sens de la Vacuité, c’est l’immensité. Votre existence ne se réduit pas à la petite échelle du monde, elle est immense. Mais si vous voyez le moment de votre seul point de vue individuel, elle devient limitée. La vraie signification du moment est immense. Immédiatement, votre existence individuelle s’élargit à tous les êtres sensibles. C’est une manifestation totale.
Vous devez prendre soin de vous-même en même temps que de tous les êtres sensibles. À ce moment-là, vous pouvez réellement connaître la saveur de l’Impermanence. C’est le meilleur moyen de savoir qui vous êtes : c’est la compassion du Bouddha.
Extraits des p.30-33 Retour au Silence Katagiri Roshi Points Sagesse
Explications forcément imparfaites à la lumière de mon écran, c’est dire...
Quand on entend parler de l’impermanence dans le bouddhisme, on se dit que cela existe aussi dans la pensée occidentale.
Notre compréhension de l’impermanence est celle d’une chose qui change en une autre chose : une fleur se change en fruit, un jeune homme en vieil homme…. La racine de notre vision de l’impermanence c’est le temps qui passe, un temps continu.
Nous avons l’idée, nous dit Dainin Katagiri, qu’il existe quelque chose de constant en nous.
Notre vie est constante, comme une ligne droite puis rencontre l’impermanence : on se casse la jambe, ou on crève un pneu etc…mais le « moi » à qui cela arrive, fondamentalement, reste une chose permanente et solide.
Pour les Enseignements, pas du tout ! Katagiri Roshi nous dit « Rien de particulier ne crée l’impermanence ». Mais nous pensons que c’est cet incident, ou cet accident, maladie, ce quelque chose qui crée l’impermanence et que sans ce quelque chose, nous serions permanents, constants et pas dérangés. Or, seule l’impermanence est immuable, c’est-à-dire sans changement et même sans début, sans fin!
Notre vision est exactement le contraire. Nous voyons de la permanence secouée par l’impermanence, or, nous dit-il, il n’y a qu’impermanence, d’instant en instant: «notre corps et notre esprit ne sont rien d’autre qu’impermanence.»
M° Dogen : «Nous pensons que l’hiver devient printemps, ou que le printemps devient l‘été»
Lorsque je regarde, je vois des branches nues puis des petits bourgeons, des feuilles et des fleurs. Je vois une évolution, je vois « quelque chose » sur laquelle ce changement apparaît.
Les Enseignements nous disent que ce n’est pas comme ça !
Si je pense que l’ hiver se change en printemps, alors je pense qu’il y a « une chose » qui s’appelle hiver et une chose qui s’appelle « printemps » et que l’une se transforme en l’autre.
Or l’impermanence signifie qu’il n’y a pas « une chose-hiver », mais moment après moment, instant de durée imperceptible, invisible, inconcevable…instant après instant, un changement.
Pas un « moment-printemps », mais, moment après moment, instant après instant, un changement.
Pas de durée, d’immobilité, de « quelque chose » mais juste un mouvement, un flux, un flash insaisissable.
Personnellement je vois un moment pris dans le processus du temps, de la durée, mais Daïnin Katagiri nous dit que le moment n’est rien d’autre qu’un être qui ne cesse d’apparaître : un moment, un moment, un moment. Il y a apparition et disparition. Le moment réel est constamment en action, il surgit, il apparaît, il disparaît.
Dans le bouddhisme, c’est ce qu’on appelle la « Vacuité » c’est un flux, un mouvement, un infini…. C’est l’impermanence. C’est la nature fondamentale de notre existence.
Se représenter notre vie d’instant en instant, c’est faire disparaître cette continuité et voir l’impermanence, la Vacuité.
Les Enseignements nous disent : il n’y a que le mouvement d’instant en instant. Et pour nous, cette impermanence là est vraiment difficile à se représenter… personnellement j’ai mis des années avant de commencer à apercevoir de quoi ça parle …devinez comment.
Katagiri Roshi nous dit : « tous les êtres veulent savoir qui ils sont : c’est l’état naturel du cœur de chacun » : nous devons nous connaître nous-même en fonctionnant dans le domaine de l’Impermanence parce que notre corps et notre esprit ne sont rien d’autre que l’impermanence.
Ceci n’est pas une théorie philosophique, mais une expérience : celle que nous réactualisons à travers la pratique de la méditation, de zazen. Ceci n’est pas à croire ou ne pas croire, mais à réaliser par soi même, avec le corps-esprit.
Il y a la réalité des phénomènes, là où j’existe, là où j’ai une identité, où je me réveille le matin en sachant que je suis , où je suis etc., et puis la Réalité, vous vous souvenez de la Vacuité, cette Réalité qui sous-tend notre vie, l’impermanence.
Une fois que je sais cela, j’en fais quoi ?
Katagiri Roshi termine ce texte là-dessus en disant que le véritable sens de la Vacuité, le véritable sens de l’impermanence, de notre Nature, c’est l’immensité !
Voilà comment on résoud le paradoxe : il y a ma petite personne ici mais ma vraie personne en quelque sorte, c’est la Nature de Bouddha dans ce flux, c’est cette Vacuité à chaque instant.
Nous vivons notre vie à la rencontre de ces phénomènes qui sont ressentis comme continus et en même temps dans ce flux, instant après instant. Cela permet de connaître la véritable saveur de notre vie, l’immensité.
Nous révéler nous-même dans cet état sublime, immense, illimité, qu’est la vie humaine, c’est voir toute vie, vie de tous les êtres vivants et aussi la vie de l’arbre, la vie des montagnes et la vie de l’univers, toute vie immense et illimitée.
Bonne année !