Relations entre le vide articulaire de Zhuangzi, le vide dans les peintures chinoises...et plus
Le vide, notion clé dans la pensée chinoise ancienne, se manifeste dans l’art des peintures traditionnelles chinoises et dans la philosophie de Zhuangzi, un des grands penseurs taoïstes.
Dans l’art des paysages chinois (shanshui, montagne et eau), on remarque souvent de grands espaces blancs laissés volontairement vides.
De son côté, Zhuangzi parle d’un « vide articulaire » – un espace où tout est possible, un lieu de liberté et de transformation.
Dans cet article je vais essayer de mettre en relation l’abscence de matière dans la peinture chinoise et la pensée profonde de Zhuangzi, quitte à créer un vrai vide dans ma tête de manière à relier l’Homme et l’univers.
Le vide dans les la peintures chinoise : une esthétique dynamique
Dans la peinture chinoise traditionnelle, le vide n’est pas simplement un espace sans rien, mais un élément vivant et dynamique.
Les rouleaux de paysages, souvent réalisés à l’encre sur papier ou soie, laissent des espaces non peints. Ce blanc n’est pas un oubli ou un manque, mais un espace actif dans la composition.
Ces zones vides représentent le *qi* (souffle vital), l’énergie qui circule entre les montagnes, les rivières et le ciel. Comme l’a dit le peintre et théoricien Guo Xi : « Le vide donne vie au plein » – (https://fr.wikipedia.org/wiki/Guo_Xi) ce sont dans ces espaces vides que les formes émergent et que l’imagination du spectateur trouve son terrain de jeu se déploie
Cette approche esthétique, très taoïste, fait écho à la vision de l’univers comme un équilibre entre le visible et l’invisible.
Les montagnes majestueuses dialoguent avec les brumes légères, les traits d’encre s’effacent dans le blanc infini profond. C’est une invitation à la contemplation ( se tourner pour contempler la lune), à une méditation qui ne cherche pas à fixer le regard, mais à se perdre dans l’immensité, offrant presque une expérience spirituelle.
Le vide articulaire de Zhuangzi : une liberté de l’Être
Zhuangzi, dans ses écrits, notamment dans le Zhuangzi, son livre éponyme, ne parle pas du vide comme une simple abstraction, mais comme une condition essentielle du fonctionnement, de l’existence.
Le vide articulaire qu’il décrit n’est pas un néant sans signification, mais est un espace plein de potentiel. C’est un endroit où les choses peuvent se transformer et se libérer des contraintes rigides de la pensée humaine. Un exemple frappant est l’histoire du boucher Ding, qui découpe un bœuf avec une aisance presque surnaturelle, en glissant son couteau dans les espaces vides entre les articulations, là où il n’y a ni résistance ni effort.
Ce vide articulaire est une métaphore de la vie taoïste : il s’agit de trouver ces moments de fluidité, ces interstices où l’on agit en harmonie avec le Dao, le flux naturel de l’univers. Pour Zhuangzi, le vide est aussi un moyen de se libérer des attachements et des croyances limitantes – un état où l’être humain devient, comme le papillon de son rêve, libre de toute contrainte, flottant entre réalité et illusion.
Une convergence philosophique, esthétique et corporelle avec le Qi Gong
Le lien entre le vide dans les peintures chinoises et le vide articulaire de Zhuangzi devient encore plus clair quand on regarde leur but commun : aller au-delà de la matérialité pour atteindre une forme de plénitude spirituelle. Dans une peinture de paysage (shanshui), le vide n’est pas simplement un arrière-plan ; il est le souffle qui donne vie aux formes. C’est un peu comme le vide articulaire de Zhuangzi, qui est ce mouvement fluide permettant à l’action de se réaliser sans effort. Cette idée trouve une dimension toute particulière dans la pratique du qi gong, où le vide devient une expérience qui touche à la fois le corps et l’énergie.
En qi gong, les mouvements lents et fluides ont pour but d’ouvrir les articulations, de relâcher les tensions et de permettre au qi – ce souffle vital qui habite aussi les espaces vides des peintures et les interstices que Zhuangzi évoque – de circuler librement.
Le pratiquant, en se concentrant sur sa respiration et en relâchant toute résistance, incarne alors le principe du non-agir (wuwei), établissant une connexion directe entre son corps et le Dao.
C’est une pratique où chaque mouvement, chaque souffle, devient une manière de se synchroniser avec le flux naturel de l’univers.